Je m'y engouffre, et il part aussitôt. Direction, le Taillan Médoc. A 49 km de chez moi. Durant le trajet , je ne cesse de penser à mes parents . J'espère qu'ils n'ont rien vu, après tout ce n'est pas la première fois. Le chauffeur ne semble pas chercher à faire la conversation, alors je sors mes écouteurs et me met à écouter la musique. Je regarde le paysage nocturne défiler, et me remémore nos moments passés ensemble.
Le chauffeur arrive en centre-ville, « déposez moi là, ça ira ». Je lui glisse l'argent « Merci, et bonne soirée ». Je sors du véhicule, et regarde autour de moi. Je met ma capuche sur la tete, et enfonce mes mains profondément dans mes poches. Il fait froid. Je marche en direction de chez elle. Lorsque j'arrive devant chez elle, je sors mon téléphone et l'appelle.
D'une voix confiante, « Je suis devant chez toi ». Je vois les rideaux s'entrouvrir, et aperçois son visage souriant et me glisse un « Je te vois ». Elle ouvre la fenêtre délicatement et me fait signe de s'approcher sans faire de bruit. « Vas-y rentre, doucement. Fais pas de bruit ». Je glisse tant bien que mal à travers les volets à ouverture verticale. Je retombe sur son lit. Elle éteint les lumières et se faufile sous les draps. On parle en chuchotant sous la couverture. Je sens son souffle chaud dans mon cou...
Vers 3h je n'ai qu'une envie, m'étendre sur l'herbe et fraîche et regarder les étoiles auprès d'elle. Je lui murmure mon idée et elle me sourit. Je la suis, et une nouvelle fois je prends toute mes précautions pour ne pas faire de bruit. Soudain ma tête tape sur le volet, et CRAC le volet me tombe dessus avec grand fracas. Je tombe dehors, sur le sol en gravier. On entend la porte de la chambre s'ouvrir violemment, et une voix masculine crier « CHARLOOOOOOOOOOOTE ! QU'EST-CE QUE TU FAIS DEHORS ?!!!!!!!! »
« Je voulais regarder les étoiles... » « C'EST CA OUAIS, IL EST OU ?!! IL EST OUUUU !!!!!!!!!? » « Mais qui ca ? » « TE FOUS PAS DE MOI CHARLOTE, IL EST OU LE GARS ? HEIN IL SE CACHE OU ? ».
J'ai le c½ur qui bat si fort, mais si fort que ma trachée bat au rythme de celui-ci. Je l'entends se déplacer pour regarder au dehors, alors je cour et part me cacher dans les buissons. Une lumière s'allume. Je saute le mur et me retrouve chez les voisins. J'ai du mal à entendre ce qui se passe, car j'ai l'impression que mon c½ur fait plus de bruit qu'un avion. J'ai le sentiment qu'il va l'entendre et me retrouver. Je suis pieds nu et en caleçon. Je sens chaque gravier, bout de bois passer sous mes pieds. Au bout de 20 minutes accroupie derrière la haie, je passe de jardin en jardin, et me tapie dans l'herbe au moindre bruit. Je rejoins la rue 15 minutes plus tard, alors qu'il n'y avait que 100m à parcourir. A l'extrémité de la rue, j'aperçois un groupe de jeune. Je m'approche et me présente puis je leur raconte mes péripéties. Ils se moquent gentiment de moi puis m'aident. Un d'entre eux part voir si le papa est toujours là tandis que les autres me mitraillent de questions. Le garçon revient au bout de 5 minutes, et dis « T'es dans la merde gars, ya un mec dehors avec une lampe torche qui te cherche dans son jardin » et continue « Mais tu peux pas l'appeler ta meuf ? » « Non, j'ai laissé mon téléphone là-bas » « Beh t'as qu'à appeler sur le tiens » « Ah ouais pas con, tu peux me prêter ton téléphone ? » « Donne-moi ton num » « 06 01 96 86 37 » « Je lui dis quoi à ta meuf ? » « Demande-lui si je peux revenir... » ... « Oui allo ? Charlote ? C'est un pote à Kévin là. On peut venir chez toi ? Enfin, il peut revenir chez toi ? Le pauvre il est pieds nu dehors là.. ». A la fin de la conversation il me dit, « Vas-y tu peux y aller, on t'accompagne » . Charlote est dehors en chemise de nuit, et m'attends au milieu de la route. Je voyais son visage anxieux se dessiner sous la lumière jaune du lampadaire. Je la serre dans mes bras, et on remercie tout deux les garçons pour nous avoir aidé puis on se faufile à l'intérieure de la maison.
Elle me saisi la main, et me guide dans le noir jusqu'à sa chambre. On se faufile dans le lit, je l'enlace et la serre contre moi. On s'endort. 5h45, le réveille sonne. Je l'éteins aussitôt. Je me lève et réveille tendrement Charlote avec un baiser sur le front. On s'enlace, s'embrasse, et on se quitte.
Je rejoins l'arrêt de bus et prend le premier bus qui passe. 5h55. J'arrive à Bordeaux à 6h30. Je n'ai même pas réussi à fermer l'½il. Je marche en direction de Stalingrad, et attends le bus de 7h. Je suis anxieux et espère que mon retour se passera bien. Je descends à mon arrêt de bus, censé être le plus proche de chez moi. Il me reste 6km à parcourir à pied. Jusqu'à maintenant, la chance m'a plutôt sourie me dis-je en murmurant... Il s'est mit à pleuvoir à la fin de ma phrase.
J'ai mis 1h30 pour atteindre ma maison. Il est 9h30, le c½ur palpitant je pars dans la cabane du jardin et me change. J'enfile un vieux tee-shirt et me met en calecon. Je passe par la porte comme si de rien été. « Tu faisais quoi dehors ? Je ne t'ai pas entendu » « Rien, je suis parti voir la jument . Je lui ai donné le foin »

